
Ses gestes et son allure ne trompaient pas sur un terrain de basket. Pape Samba Bâ était d'un talent qui force le respect et l'admiration. Et s'il a été très vite titularisé au poste clef de meneur de jeu dans l'équipe masculine de l'Asfo, au début des années 1980, avant de devenir capitaine, ce n'était pas le fait du hasard. Pape avait des qualités énormes et surtout au plan technique.
«C'est un joueur qui évoluait un cran au-dessus de sa génération. C'est vrai, il n'était pas trop physique, mais il travaillait beaucoup avec la tête et réussissait d'assez bonnes choses. C'était un régal de le voir diriger la manœuvre avec dextérité et ingéniosité». L'ancien coach de l'équipe nationale, Mamadou Sow, qui témoigne ainsi, n'hésite d'ailleurs pas à faire la comparaison avec Abdourahmane Ndiaye «Adidas». «Peut-être que la seule différence est qu'Abdou était plus vif et plus agressif que lui dans le jeu. Sinon, au plan technique, il n'avait pas à trop lui envier. Pape Samba Bâ pouvait faire une carrière dans le haut niveau, mais le manque de suivi dans son évolution le pénalisait. Peut-être aussi qu'il ne faisait pas du basket une fin en soi».
Technicien de la Ja, Mamadou Sow a vu plusieurs fois Pape Samba Bâ se dresser sur le chemin de ses hommes. «Je mettais beaucoup de pression sur lui pour qu'il ne tourne pas à plein rendement. Mais il était clairvoyant dans le jeu et adroit dans les tirs à mi-distance», confesse-t-il. Formé par Lune Diop, Pape Samba Bâ n'a pas trahi le savoir du maître. «Nous étions à bonne école, avec un entraîneur émérite. Un meneur. Quand il s'était agi de mettre sur pied la première équipe masculine de l'Asfo en 1974, il était venu nous rassembler et nous dire : «Je veux monter mon équipe avec vous, c'est-à-dire avec des joueurs qui sont méconnus, pour essayer d'en faire de grands basketteurs demain. Il suffit d'être discipliné et d'être régulier aux entraînements. Il faut être assez réceptif également.»
Il n'a pas fallu beaucoup de temps pour voir l'Asfo en haut de la hiérarchie du basket-ball sénégalais. Après une seule année en deuxième division, elle décroche un ticket pour la première division. «En moins de cinq ans d'existence, l'Asfo a pu sortir des éléments clés pour les équipes nationales masculines et féminines. Que ce soit les Bengaly Kaba, Meissa Mbaye Fall, Nafissatou Diagne, Fatou Kiné Ndiaye, Kadia Diarisso, Marthe Ndiaye, Maguette Ndiaye et moi-même. Lune Diop veillait sur le fonctionnement et l'évolution des deux équipes masculine et féminine. Avec sa formation, chacun de nous pouvait devenir entraîneur de haut niveau. Bengaly Kaba et Fatou Kiné Ndiaye en sont des illustrations», ajoute-t-il.
En 1977 déjà, Pape Samba Bâ avait étrenné ses galons d'international, avec les universitaires, pour les Jeux de Sofia (Bulgarie). «C'était une équipe avec les Mathieu Faye, Bira Diagne, Mame Gorgui Ndiaye, Alain Diagne et tant d'autres talentueux basketteurs. J'avais 19 ans et nous avions pu revenir au pays avec une 3e place à notre actif», rappelle-t-il. C'est à la Can de 1980 au Maroc, qu'il pousse les portes de l'équipe A... mais sans jouer un seul match. «J'avais fait toute la préparation avec l'équipe, mais au moment d'arrêter la liste de 12, les entraîneurs de l'époque, «Busnel» Diagne et «Pa» Sow, m'avaient convoqué dans leur chambre pour me faire part de leur décision : «Nous allons t'amener au Maroc, mais tu ne figureras pas sur la liste des 12 joueurs. Nous savons que tu as fait une bonne préparation, mais tu es encore très jeune pour une compétition de ce genre. Nous allons te garder pour la prochaine campagne.» Son plaisir sera de voir les «Lions» ramener un autre titre continental.
Mais une déception l'attendait au tournant, quand il monte en Somalie avec les «Lions», pour la Can suivante, en 1981. «Ce sera l'une des plus mauvaises campagnes de l'équipe du Sénégal. Nous étions classés 5e sur douze pays. Cette chute de notre basket était surtout due à un problème d'organisation de la venue de nos «Senef» qu'étaient les Pape Moussa Touré, Moustapha Diop «Gaucher», Abdourahmane Ndiaye «Adidas», etc. Certains parmi eux ont eu à faire deux jours de voyage, en passant des nuits blanches dans les aéroports».
Rebelotte en 1983 (12e édition). Appelé du Gabon où il s'était exilé, il se contente de la 3e place. Pape Samba Bâ était alors à Libreville depuis 1982 et évoluait sous les couleurs de l'Union sportive Mbila Zambi. Il y reste jusqu'en 1987. «Tout s'était bien passé jusqu'au moment où les Gabonais ont voulu me faire signer un contrat local. Or j'avais un régime étranger et les choses marchaient à merveille. Je jouais et j'encadrais des jeunes au lycée. D'ailleurs, si j'entends aujourd'hui les noms des entraîneurs qui sont à la tête des équipes nationales gabonaises, je ne peux que m'en réjouir. Puisque tous ont été formés par moi. Mais les choses se sont gâtées ensuite...»
Direction alors la France où il vit depuis 1988 et s'occupe toujours de la formation des jeunes et des entraîneurs départementaux de Saône et Loire où il réside. «Depuis vingt ans, je suis dans ce train-train, en France et je m'en tire bien». Ses deux fillettes nées d'un mariage mixte, Couro (9 ans) et Ilaryia (5 ans) sont dans le basket, touchées par le virus d'un pater qui traîne avec une belle ligne ses 50 ans. Peut-être de futures «Lionnes»…